mardi 4 octobre 2016

La douleur

Certains se demandent pourquoi j'aime toujours le même homme depuis trois ans. Car oui, je le dis et je le répète : je l'aime. C'est comme ça.

J'étale un peu ma vie privée mais c'est pour la bonne cause. Je vais vous résumer la chose.

En septembre 2013, j'ai commencé une relation intime avec un homme. je parle ici de relation intime car le terme "plan cul" est trop restrictif selon moi. Nous n'étions pas ensemble mais nous étions copains, et nous avons couché ensemble de manière presque hebdomadaire. Pendant six mois. Je savais depuis le début que j'étais tombée amoureuse mais je n'arrivais pas à le dire aux personnes que je considérais comme des amis à l'époque. Après tout, ils m'avaient avertie : "ce type est bizarre", "ce type ne se soucie pas des autres", "on ne peut pas compter sur lui", etc. Du coup, j'avais peur malgré moi. Je ne suis pas quelqu'un qui va oublier ses sentiments à cause du risque de la souffrance qu'ils pourraient causer. Si je dois vivre, je dois souffrir. Sinon, autant me tirer une balle tout de suite. La vie n'est pas sans risque. C'est ce que je pense de ma façon d'être.

J'ai donc foncé dans le tas, comme je l'ai fait depuis que j'ai réalisé que je ne pouvais pas être heureuse si je n'allais pas chercher le bonheur par la peau des couilles. Et, comme prévu, je me suis pris un mur en béton armé dans la figure. Mais il n'est pas venu de là où je pensais.

Ce type, je l'ai aimé de tout mon être, comme j'ai rarement aimé. Je crois toujours ressentir cette adoration envers lui mais les médicaments voilent mon jugement. Il est beau, intelligent, drôle et foncièrement honnête. Et surtout, de toutes les personnes que j'ai pu aimer passionnément, et de tous ceux avec lesquels j'ai entretenu des relations intimes (plans cul ou histoires sérieuses), ce doit être celui qui m'a le plus respecté. Il se souvenait de ce que je lui racontais, il faisait attention à moi et à ma sensibilité. L'homme que j'ai aimé et que j'aime toujours n'a absolument rien à voir avec ce que l'on m'a dit de lui. Finalement, le seul défaut qu'il ait jamais eu, et qui n'en est pas un, c'est qu'il n'est pas amoureux de moi. C'est comme ça, c'est la vie.

Cet homme m'a dit un jour que j'étais jolie, alors que j'avais la tête dans le cul et que j'étais à poil. Depuis, j'apprécie de plus en plus mon physique, malgré le surpoids. Quand je discute avec lui, je me sens plus forte, plus courageuse. Involontairement, il m'encourage à suivre mes rêves, à réaliser mes ambitions. Grâce à lui, j'ai le courage d'être moi-même, de ne pas fuir les difficultés. Je ne le remercierai jamais assez de ce qu'il m'apporte.

Quant au mur en béton armé, il est venu de personnes que je considérais comme des amis. Des personnes sur lesquelles je voulais compter en cas de coup dur. Quand j'ai avoué mes sentiments à l'homme que j'aimais, il a été honnête. Il ne m'aimais pas. et il a préféré que nous cessions nos relations intimes pour ne pas que je souffre davantage. Malheureusement, j'ai beaucoup souffert. J'ai pleuré pendant trois jours. Ma soeur m'a effectivement prise dans ses bras. Mais le reste du temps, j'étais seule.

Un jour, j'ai croisé l'homme que j'aimais au théâtre, avec une autre femme. Je savais qu'il ne sortais pas avec elle. Mais je me sentais si mal que j'étais au bord de la crise d'angoisse.

Je me souviens de ma fuite sous une pluie battante. J'ai trébuché. Je pleurais, je suffoquais et je criais. J'étais seule. et j'étais incapable de demander de l'aide.

Je n'ai pas su dire à mes amis que j'avais besoin de soutiens. J'ai essayé de parler mais rien ne sortais. Ils voyaient que ça n'allait pas. Je suppose qu'ils n'allaient pas très bien non plus. J'aurais préféré qu'ils me disent qu'ils ne pouvaient pas être là pour moi.

Les rares fois où j'ai pu dire que ça n'allait pas, j'avais l'impression d'être de trop. Je sentais que je dérangeais. J'avais besoin d'aide mais personne ne me l'a donnée à cette époque. Je comptais sur eux mais ils n'étaient pas là. Je n'étais rien.

J'aurais préféré qu'on me rattrape sous la pluie, qu'on me prenne dans ses bras, qu'on me fasse boire un truc chaud ou de l'alcool fort. Mais j'étais seule sous la pluie. Je me tenais la tête, je criais. J'insultais cette femme que je ne connaissais pas. J'ai su ce soir-là ce qu'étais la haine et je ne souhaite à personne de ressentir une telle chose.

Et je continuais de pleurer et de crier.

Plus tard, j'eus l'impression de me retrouver dans un désert morne, gris, sec, sans végétation, le ciel couvert de nuages gris. J'ai erré là-dedans longtemps.

Je me doutais bien que je n'arrivais pas à comprendre mes émotions parce que je n'arrivais pas à vois les choses en face. Il me fallait être honnête envers moi-même. Il n'y a que là où j'arrive à avancer : comprendre ce que j'ai pu ressentir et voir la réalité en face.

Aujourd'hui, je me bats. Je me bats pour ne pas me laisser dévorer par mes émotions et je bats aussi pour ma propre survie, car cette solitude accidentelle (car c'est bien un accident, aucun de nous n'a voulu faire du mal à l'autre) a été bien plus douloureuse pour moi que le rejet de l'homme que j'aimais. Je m'en serais mieux sortie si on avait un peu mieux réalisé ce qui m'arrivait.

Aujourd'hui, à force de lutte acharnée, je vois un bout de tunnel. Il y en a sans doute d'autres derrière mais je vais mieux. Au bout de trois ans.

Ce qui m'a permis de me relever, c'est en partie de réaliser tout ce qui a provoqué ces émotions monstrueuses : honte de soi, autodestruction, haine, etc. Voir la vérité en face me permet de relativiser mes sentiments et de structurer mes pensées. A force de creuser, comprendre me permet d'assimiler mes erreurs ainsi que ceux des autres. Ainsi, ma colère, ma fureur s'estompe de plus en plus vite. Je me sens apaisée.

Cela me conforte dans ce que je pense : si j'avais pu être honnête envers moi-même et envers les autres, les choses auraient pu être différentes. Je n'aurais pas perdu d'amis. Ma dépression aurais pu être moins profonde. Et j'aurais pu réaliser plus vite ce que je voulais vraiment faire.

Mais les choses sont d'une certaine façon et le passé n'a pas à être changé. L'expérience sert à comprendre les erreurs pour ne pas avoir à les répéter par la suite. Du moins, c'est ce que je pense. Et c'est ce que je transmets aujourd'hui : soyez honnêtes, envers vous-mêmes et envers les autres.

Mon expérience en est là. Peut-être que plus tard, j'aurai des choses à ajouter.

1 commentaire:

  1. La trahison est un sentiment des plus désagréables et c'est celui qu'on ressent quand nos amis ne se montrent pas à la hauteur de ce qu'on attend d'eux, des preuves de leur affection et de leur fidélité. Les amis peuvent être franchement cons, comme n'importe qui, ou lâches, parce que ça leur fait mal de voir une personne aimée en souffrance, ou les deux. Il faut savoir leur pardonner... ou au moins en trouver l'envie.

    Passe à la maison, Daffy! Mes chatons sont souverains contre la déprime et j'ai acheté tous les Tekkens de la PS3.

    Julien

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